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LA PAUVRETÉ, LE TRAVAIL, LA SOLIDARITÉ: Quel défi pour la communauté juive?

Couverture

Auteur

Gilles Bernheim

Editeur

Département Torah et Société

Préface

Apprenons à écouter, apprenons à partager

Quelques définitions de la pauvreté dans les communautés juives jusqu’au Moyen-âge

Exclure l’exclusion

Quelques réflexions sur le travail

Inventons la solidarité

Comment par le Chabbat, le travail devient-il sagesse ?

Nous avons retrouvé le sens de la responsabilité

Références

 

RETROUVER LE SENS DE LA RESPONSABILITÉ:
Aujourd’hui, le plus important est que les hommes retrouvent du sens dans ce qu’ils vivent, réinventent des formes de solidarité et d’espérance.

Regardons le fossé qui se creuse entre les «exclus» et les «inclus». Soyons-en persuadés, ce ne sont pas les exclus qui vont tirer les exclus, mais ceux qui ont la chance d’appartenir au monde des «inclus».

Si l’on veut responsabiliser cette société, il est nécessaire que ceux qui vivent assez bien les processus d’intégration sociale et de réussite professionnelle, tirent la société vers le haut, et sachent en affronter les conséquences sur le plan de la fiscalité, de l’éducation et de l’habitat.

On ne peut pas continuer d’avancer en se contentant de dire que la croissance est insuffisante pour que cela fonctionne, ni se satisfaire de voir des gens abandonnés de plus en plus loin du «peloton de tête». C’est que la morale rejoint l’intérêt: ceux qui «laisseront faire» doivent savoir qu’une société qui n’intègre pas est une société qui se désintègre; mais ils risquent demain de ne pas «dormir tranquille».

Faut-il rappeler l’esprit fondamental que véhicule la Torah: «Ne pas se conformer au monde, mais au contraire, se transformer intérieurement de telle manière, que l’on soit capable de discerner ce qui est bon et ce qui est juste.

Comme le dit Emmanuel Levinas: «Il faut apprendre à donner des réponses à hauteur d’homme». Il faut apprendre à donner des réponses adaptées, et d’abord celle de la dignité reconnue à autrui, à l’égale de celle que j’ai pour moi-même.

Enfin, il ne suffit pas d’avoir une «foi» à «transporter les montagnes» pour ne pas se tromper. Il importe de pouvoir dialoguer sur des sujets de société et de travailler de manière réfléchie avec des gens qui ne partagent pas nos convictions. Les sociétés, mais aussi les hommes meurent avant tout de leurs certitudes. Ne l’oublions jamais.

Faisons confiance aux organismes sociaux de notre communauté pour nous le rappeler sans cesse.

 

Notre conviction est que l’intégration sociale, c’est-à-dire la place de chacun, doit être la priorité pour la Communauté juive et pour la société française.

L’intégration, sous toutes ses formes, par l’emploi certes, mais aussi par la valorisation collective du travail non salarié, par la richesse des liens sociaux, par l’ouverture à l’autre. Promouvoir une intégration qui fera que chacun aura un nom.

Dans la Torah, deux expériences s’apparentent à celle, contemporaine, du chômage de longue durée: l’exil et la stérilité. L’exil parce que le chômage prolongé est un exil intérieur: «On ne sort plus: qu’est ce qu’on irait faire dans la rue? Regarder les magasins? On ne peut même plus y entrer pour acheter ce qu’il y a derrière la vitrine...»

La stérilité parce que dans le Moyen Orient biblique, la femme vit la honte, la réclusion, l’impression d’inutilité que connaissent aujourd’hui tous les marginalisés de l’emploi. Or, de l’exil surmonté est née la confirmation de la sainteté de la terre d’Israël, et d’une longue lignée de femmes stériles qui va de Sara à Hana sont nés par la grâce de D-ieu plusieurs des plus grands prophètes d’Israël.

De même un jour, la traversée du chômage débouchera sur la prophétie, d’où sortiront un nouveau contrat social et de nouvelles clés de répartition des richesses. Pour peu qu’elle soit vécue comme la traversée biblique de la stérilité: dans la prière, l’étude de la Torah et sa pratique à la recherche de solutions originales.

Ce qui impose que par tous les moyens, les juifs partagent l’expérience et le poids du chômage avec tous ceux qui autrement, n’en seront jamais les prophètes mais seulement les victimes, partagent leur expérience et prennent le relais de leur révolte, qu’à eux seuls les sans-emploi ne parviennent jamais à faire entendre.

Lorsqu’une société ne sait plus se donner un avenir, il lui faut développer des lieux de paroles, de réflexions et de négociations qui feront diminuer l’angoisse collective. Il faut un large débat public pour favoriser une parole «prophétique». Nous juifs avons une réflexion particulière à mener sur la place du travail dans nos vies et sur la façon de partager dans une société solidaire.

 

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